Le français et moi

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En honneur de cette vingtième édition de la semaine de la langue française, qui commence aujourd’hui, j’aimerais vous raconter un conte… d’amitié plutôt que d’amour. Il s’intitule : Le français et moi.

Nous sommes rencontrés un jour ensoleillé en juin 1992, près du Port Guillaume à Cabourg sur la côte normande. J’avais presque huit ans, moi, et j’étais en vacances avec mes parents. Lui a sorti de la bouche d’un boulanger souriant. Les longs étranges pains craquants à son côté ne me plaisaient pas à l’époque, mais j’aimais courir tout seule jusqu’à la boulangerie, avec ma pièce de 10 francs, et répéter ce que ma mère m’avait appris : Bonjour. Un pain. S’il vous plaît. Merci. Au revoir. C’était de la magie. 

Les années suivantes mon vocabulaire grandissait énormément. C’est-à-dire : j’ai appris le mot « croissant ». Ceux me plaisait. Peut-être j’ai aussi appris les mots « Happy Meal au naturel » pour la même raison.

Au tendre âge de onze ans ma mère m’a trouvé un cours français de soir pour les enfants. Une fois par semaine je suis allé à la grande ville pour apprendre les paroles de Malbrough s’en va-t-en guerre, de Frère Jacques et de Savez-vous planter les choux sans rien comprendre. Pendant nos vacances en Alsace la même année mes parents voulaient m’acheter un logiciel pour que j’aie pu mieux apprendre le français. Comme je ne parlais pas français, ils ont décidé d’acheter un jeu éducatif  pour les enfants un peu plus jeunes que moi. D’après le système suédois j’étais, à onze ans, en « cinquième », donc nous sommes rentrés en Suède avec un jeu conseillé pour les enfants en troisième ! J’ai naturellement rien appris.

L’année prochaine j’avais douze ans et c’était le temps de choisir une deuxième langue moderne (en plus de l’anglais) à l’école. Je n’ai pas dû réfléchir : le français, bien sûr. Mes parents m’ont soutenue. Ils m’ont donné des logiciels, des livres, des cassettes et des vidéos pour m’aider. Les quatre prochaines années j’étais le meilleur élève de français, mais ça ne dit rien. Mon professeur ne parlait jamais français et rétrospectivement je comprends que c’était vraiment pas un bon professeur. Par exemple, après six mois de leçons (autrement dit : 20 heures de français) elle a nous trouvé de correspondants en France et elle était vraiment déçue quand nous n’avons pas maintenu ces nouvelles amitiés, bien que nous ne pouvions même pas dire à nos nouveaux « amis » quel jour c’était.

Je suis arrivée à lycée avec la meilleure note possible en français et j’ai néanmoins trouvé que j’étais vraiment nulle par rapport aux autres, mais j’utilisais mon anglais pour donner l’impression de parler couramment et j’ai reçu une bonne note juste avant tout quitter. Je voulais étudier la psychologie et pour ça il fallait que je tourne le dos à la langue du boulanger souriant.

Pendant une année, j’ai pris des leçons chez un ami de la famille, un interprète à d’origine portugaise qui parle français très bien, pour rien oublier, mais pour la dernière année de la lycée il fallait que je mette tout mon énergie sur le bac. J’ai lu L’Étranger de Albert Camus en français, mais ça c’était tout. À l’université j’ai totalement abandonné mon cher ami le français. J’ai trouvé d’autres amis, le gaélique écossais et le grec ancien, et ils ont été assez.

Or j’ai retrouvé mon ami le français à la fin de mon temps à l’université. J’ai dû écrire ma thèse de BA et j’ai choisi les expressions dynastes dans la monnaie des rois gréco-bactriens, ce que m’aie mené à la porte de la langue française. J’ai compris que même si je ne pouvais pas parler français ou lire de la littérature française, je pouvais lire de l’archéologie en français.

J’étais ravie ! J’ai acheté des livres sur l’archéologie française et je les ai lus très très très lentement. Ça m’a donné encore de raisons pour trouver les livres en français, parce que j’ai compris que l’archéologie celtique en France c’est quelque chose très différent de l’archéologie celtique que j’ai appris en Écosse. Grâce au français j’ai trouvé un nouveau monde.

Je ne vais pas vous ennuyer avec tous les détails. Il suffit de dire que j’ai rencontré le français de temps en temps et un peu plus souvent une fois que nous avions décidé d’aller vivre en France.

Et donc voilà, l’arrivée de ce blog !

Je passais les premières deux années en France sans essayer d’améliorer mon français. C’était presque automatique. Puis… boum ! Rien ! J’avais atteint le niveau nécessaire pour vivre et j’avais rien appris en plus sans effort.

Donc, j’ai fait une sorte de promesse à la langue française : je vivrai le français, autant qu’une Suédoise marié à un Suédois le peut, et j’améliorai mon français jusqu’au moment que je puisse m’exprimer comme un locuteur natif éduqué. Depuis une année, nous sommes liés, le français et moi. Nous travaillons ensemble tous les jours. Je lui ai tenu la main et désormais on marchera en avant à petits pas.

Faustine est suédoise par naissance, bretonne par choix. Un jour, peut-être, elle sera française. Elle est écrivain et elle vit dans le Finistère.

Cherche-tu les commentaires ? On n'en a plus. (Dessolée !)
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