Quand j’étais à 50 km d’une invasion russe

Temps de lecture : 5 minutes

Est-ce que vous vous souvenez quand la Russie s’est mobilisé sur la frontière géorgienne en plein été 2006 ? Je le souviens bien, parce que j’étais à 50 kilomètres de l’Abkhazie, la cible des Russes, et mes parents ont eu une petite crise de panique. J’avais 22 ans et j’y étais pour participer à ma première fouille archéologique. C’était ma première grande aventure, mais pas forcément parce que les Russes se sont mobilisés.

Tout n’est pas super bien commencé. J’ai dû prendre l’avion de Copenhague pour trouver mes collègues anglais à Vienne. Hélas, mon avion était en retard, beaucoup en retard, et j’ai raté l’avion vers Tbilissi. Je n’avais aucun moyen pour contacter mon équipe et je savais qu’ils sortiraient Tbilissi le matin prochain. Comment les trouver ? Heureusement j’avais donné mon numéro de téléphone au patron, donc il m’a appelé et m’a donné le numéro de sa femme qui resterait un peu plus longtemps en Tbilissi. Le matin prochaine, j’ai pris un avion pour Londres et encore un pour Tbilissi.

Quand j’ai atterri à Tbilissi, j’ai eu une petite crise de panique à moi-même en trouvant que mon mobile ne marchait pas en Géorgie. Il n’y avait aucune personne qui parlait anglais et même si j’ai trouvé quelques gens, à deux heures de matin, qui étaient prêts à m’aider à téléphoner la femme du patron ils trouvaient tous le numéro de téléphone très mystérieux. Donc, j’ai commencé à chercher un taxi pour me rendre à ma fouille, sur une plantation de thé près de Kobuleti, à l’autre côté du pays. C’est à ce point-là que les taxis ivres ont commencé de se battre verbalement pour moi en tirant mes bras. Je n’avais jamais eu tellement peur !

Heureusement, j’ai vu un jeune marchand de drapeaux, âgé peut-être 15 ans, sortir l’aéroport. Je savais qu’il parlait anglais, parce qu’il voulait me vendre un drapeau quelques moments avant. Je l’ai proposé d’être mon guide et il m’a trouvé un taxi sobre pour me rendre à un téléphone. Nous sommes allées à une chambre d’hôte où la femme propriétaire a expliqué à mon guide qu’il faut supprimer l’indicatif international pour appeler ce numéro local. Enfin ! Contact ! Je les ai tous payé bien ! Je n’ai jamais été si soulagée et reconnaissant de sortir un taxi comme je l’étais à face de la maison du patron.

Le matin prochain, je suis poussé dans un marshrutka, un minibus soviétique, où j’ai passé cinq heures brûlantes (et terrifiants du point de vue de la sécurité routière) jusqu’au moment qu’on m’a poussé sur la route, au milieu de rien du tout, avec ma valise, tout en m’appelant « englesi » (l’anglaise). Bien, heureusement j’étais poussé vers quelques hommes de l’équipe archéologique géorgienne et ils m’ont aidé à trouver la fouille.

Géorgie6Ce soir-là, on m’a porté un toast comme « la belle femme qui fait paraître le soleil ». « Emma gamarjos ! » Les Géorgiens savent vraiment l’art des mots. À chaque réunion il y a un animateur des toasts, un tamada. Il est l’esprit géorgien incarné : un ami proche, un père fier, un fils dédié, un patriote et un amant. Il est romantique et nostalgique et il a un beau mot pour tout le monde. Il commence par porter un toast à la Géorgie – « Sakartvelo gamarjos ! » Après, il porte un toast aux femmes et avant la fin du soir il aura porté un toast à chaque personne à la table. Pendant mes cinq semaines en Géorgie, j’ai appris que je suis une travailleuse appliquée, une femme de souche robuste, éloquente et une perle de la Scandinavie.

Et, bien sur, on a travaillé ! Six jours par semaine, on a fouillé un cimetière grec. Le septième jour, on faisait des balades à pied (jamais seuls, à cause des mines soviétiques) où par marshrutka. On s’est habitué à la vie sans eau coulante et l’électricité. Donc, j’étais un peu surprise à trouver, le dimanche au cybercafé entre les pannes régulières de courante, le courriel de mes parents qui m’informait que j’étais proche à une invasion russe et qu’il y aurait peut-être une guerre avant ma rentrée en Suède.

Géorgie7

« Pas de problème ! » On m’a dit quand je posais des questions sur la mobilisation. « C’est loin. Ici, c’est calme. » Oui, ici, 50 kilomètres de l’Abkhazie et 100 kilomètres de la frontière russe.

Bien, ils ont eu raison. Chez nous, c’était très calme. À Tbilissi, quand nous étions sur le chemin de retour, c’était très calme. Mes soucis en Géorgie n’avait rien à voir avec la Russie.

Les leçons ? Ne jamais prendre rendez-vous important sans un numéro de contact !  Je ne le referai jamais. Pour un moment, dans mon hôtel à Vienne avant l’appel téléphone du patron, j’étais prête à me passer du travail et acheter un billet pour la Suède. Une leçon moins pratique mais autant important pour l’esprit : Ça vaut le peine, dire à haute voix ce qu’on voit dans l’autrui ! Entendre que quelqu’un vous a vraiment vu et vu ce que vous faites, ça fait du bien. Faire un compliment, ben, c’est bien, mais vraiment faire attention à quelqu’un, c’est super ! Et, la leçon finale : Les mini-bus soviétiques ? Beurk !

Faustine est suédoise par naissance, bretonne par choix. Un jour, peut-être, elle sera française. Elle est écrivain et elle vit dans le Finistère.

Cherche-tu les commentaires ? On n'en a plus. (Dessolée !)
Continuons la conversations sur les réseaux sociaux :

Facebook Twitter