Trois ans en Bretagne

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Aujourd’hui ça fait trois ans que nous vivons en Bretagne. Nous sommes descendus en Morbihan il y a trois ans, sur les routes étroites et ondulantes de la Bretagne. Trois ans sont passés depuis que nous avons enfin trouvé le panneau qui a dit La ville des gentils, notre premier « chez nous » en Bretagne, un hameau avec cinq foyers, nous y compris.

permier chez nous

Nous avions tourné à droite et roulé lentement. La voiture était pleine de nos affaires et notre chien — parce que nous n’avions qu’un seul chien à ce temps-là — était dans le coffre. En Suède on avait laissé un coffre de dot/trousseau, une commode gustavienne, le vélo de mon mari et quelques boîtes de livres, de casseroles et de porcelaine. Le reste, c’est-à-dire : nos cinq ans ensembles sous un seul toit et vingt ans de ramassage sur le grenier de mes parents, nous avions déjà donné à nos amis et à des boutiques de bienfaisance. Nous n’avions pas eu le temps de rien vendre. Trois jours après que nous avions mis la maison à vendre on avait nous fait un offre et six semaines plus tard nous nous trouvions dans un petit hameau en Morbihan.

Nous y avons loué un gîte que j’avais trouvé sur Le Bon Coin. Notre nom se trouvait déjà sur la boîte à lettres quand nous sommes arrivés à 18h du soir. Les propriétaires de notre nouveau « chez nous » étaient par chance aussi nos voisins et des gens remarquablement gentils en bien accueillants.

Le reste de nos affaires sont arrivés trois semaines plus tard, grâce à mes parents. Nous avions prévu rentrer en Suède après un ou deux mois pour transporter nos deux meubles et les petites boîtes, mais mes parents ont tout mis dans un remorque et descendu en Bretagne.

Nous avons passé dix mois heureux dans ce petit hameau très très près de Josselin.

Josselin

J’adorais le Morbihan et j’adorais Josselin. Nous avons été intéressés d’une maison assez proche mais à la fin nous n’avons pas pu nous débarrasser du coup de cœur duquel nous avons été affligés après que nous avons vu une maison dans les Monts d’Arrée. Nous l’avons acheté et comme ça nous avons échangé une vie en Morbihan pour une vie en Finistère, sur la frontière des Côtes-d’Armor et sur la frontière entre Cornouaille et Trégor.

maison

Un peu inspirée par le bilan chez Wonderful Breizh, j’aimerais vous dire comment notre vie est changé par la décision de nous déménager en Bretagne.

L’habitation : En Suède nous avons eu 85 m² avec un terrain de 700 m². En Finistère nous avons 70 m², à faire élargir selon préférence jusqu’à 400 m², et un terrain de 7000 m². Notre jardin en Suède était entouré par des voisins — quatre jardins voisins et encore des voisins en face de la maison. En Finistère nous n’avons qu’un voisin et sa maison est planquée derrière nos bâtiments et plusieurs grands arbres. En plus, nous avons une rivière où on peut pêcher la truite et aussi un serre. Nous avons payé un peu moins pour cette maison que la maison en Suède.

La mode de vie : Notre vie en Finistère est assez proche de notre vie en Suède. On est toujours auto-entrepreneur. Or on effectue beaucoup plus de travaux ici qu’en Suède, grâce au fait que la maison est 250 ans plus vieille.

le travail

La qualité de vie : Le temps se passe plus lentement en Bretagne et ça me fait bien. Nous avons trouvé un endroit vraiment calme — même les agriculteurs qui ont passé toute leur vie dans cette commune nous disent que cet endroit à nous est « très calme ». Nous nous ne sentons pas pressés ici. On a beaucoup plus de soleil aussi. Nous n’aimons pas le bain de soleil, mais en Suède nous étions toujours très fatigués et assez déprimés entre les mois d’octobre et mars. La Bretagne bénéfice de 300 heures de plein soleil en plus que le sud de la Suède chaque année et les jours sont plusieurs heures plus longs ici en plein hiver. J’étais habituée de ne pas voir le soleil entre le fin d’octobre et février. En Bretagne je suis pleine d’énergie tout l’hiver ! Et je suis heureuse ! Aller dehors me fait plaisir parce que la Bretagne est toujours verte et elle fleurit même en décembre. On a plusieurs mois moins de risque de gel. Il ne fait pas froid en hiver, donc on peut aller dehors. Sérieusement… j’ai des vêtements d’hiver que je n’ai pas pu porter en Bretagne ces trois derniers années.

les voisines

Famille et amis : Nous sommes très éloignés de notre famille et nos amis, bien sûr, mais nous nous sommes allés en Suède pendant un mois chaque année et la famille et les amis nous vont voir. Nous n’avons pas fait beaucoup des amis en Bretagne, mais les gens ont néanmoins été extrêmement accueillants et gentils. Notre voisin anglais et ses amis ont nous donné des coups de mains de temps en temps, et nous les avons repayé en gâteaux et confitures faits maison. Les Bretons sont stupéfiants dans leur bienfaisance. Nous avons été invités pour le dîner de Noël, on a nous donné des coups de main quand nous n’étions pas à la maison, on a nous donné les légumes frais, les gens inconnus ont nous donné les numéros de téléphone des personnes avec nos intérêts au supermarché… J’aimerais faire des amis, mais jusqu’à ce moment-là, je me sens, au moins, accepté et bienvenue.

tradi'deiz

La langue : En Suède, tout le monde nous demande : « Et la langue, comment ça va ? » On est très très préoccupé du difficulté d’apprendre les langues étrangères, sauf l’anglais (parce que tous les Suédois parlent anglais). Le français, en particulier, a une réputation. On veut que nous disons « Ben, hélas, le français est complètement dingue et je ne comprends rien. » Hélas, c’est cette attitude-là qui est complètement dingue et à ce moment-là je comprends presque tout qu’on me dit, sauf que parfois je ne comprends pas les gens qui parlent très très vite ou qui parlent fortement un dialecte. Je regarde les séries assez argotiques sans problèmes (par exemple : Kaboul Kitchen), je comprends plus au moins chaque mot, et je lis les romans en français. Ma capacité active, pourtant, est beaucoup moins impressionnante. Je fais des exercices (les expressions idiomatiques, les expressions familières, les verbes irréguliers, les interjections etc. ) quatre fois par semaine pour l’améliorer et à partir de cette semaine-ci nous ne parlons que français entre nous, mon mari et moi. Il me faut parler suédois chaque jour parce que les chiens ne comprennent pas le français. Quant au breton, je comprends presque autant le breton que j’ai compris le français quand je suis arrivée en France, mais ma capacité de parler est bien pire.

binioù

Plus important encore, je me sens « chez moi » en Bretagne. Elle fait chanter mon cœur. Parfois, elle fait pleurer mon cœur pour elle. Quelque chose se passe dans ma colonne vertébrale quand je traverse mon foncier en regardant le coucher du soleil de l’autre côte des champs en écoutant les cloches dans le bourg et les cloches dans la commune voisine à la fois. Il y a quelque chose qui se pousse dedans mon corps quand je creuse mon sol avec ma pioche en supprimant les pierres, les mêmes pierres desquels ma maison est bâti. Je me sens à l’aise avec les gens ici. J’aime bien parler avec eux, même les gens inconnus.

C’est une sorte de karantez-vro (amour de pays en breton – aussi un poème d’Anjela Duval).

 

pardon à Josselin

 

Faustine est suédoise par naissance, bretonne par choix. Un jour, peut-être, elle sera française. Elle est écrivain et elle vit dans le Finistère.

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